
3 juin 2026
Outremont, lieu de mémoire de la bourgeoisie francophone. Xavier Chambon raconte pourquoi cette adresse chargée d'histoire s'imposait pour accompagner les entrepreneurs français.
Au-delà de la montagne — l'origine d'un refuge
Le nom dit tout. Outremont : au-delà de la montagne. À l'origine, une succession de terres agricoles appartenant au Séminaire de Saint-Sulpice, s'étendant sur ce versant nord-ouest du mont Royal que le centre-ville de Montréal ne regardait pas encore.
C'est en 1694 que les deux premières familles — les Tessier et les Gervaise — acquièrent des terres sur ce territoire. Pendant deux siècles, les lieux restent essentiellement ruraux. Puis, à partir des années 1870, quelque chose commence à changer. La sortie à la mode pour les jeunes couples montréalais est alors de faire le tour de la montagne en calèche, le dimanche. Des commerçants y voient une opportunité. Les lieux commencent à s'animer.
Des familles bourgeoises — commerçants prospères, industriels, professions libérales — cherchent à s'éloigner du bruit et de la densité croissante du cœur de la ville. Elles découvrent ces hauteurs et y construisent leurs premières villas de campagne. Des maisons d'été, d'abord. Puis, avec l'arrivée du chemin de fer et des premières lignes de tramway, des demeures permanentes.
Ce qu'elles trouvent là, c'est exactement ce qu'elles cherchaient : des rues larges, des parcs bien aménagés, une atmosphère verdoyante et tranquille — et surtout, la possibilité de vivre en français, entre soi, sans renoncer au confort que leur réussite leur avait permis d'atteindre.
Outremont devient ainsi, dès la fin du XIXe siècle, le refuge choisi de la bourgeoisie canadienne-française.
Un exode fondateur
Dans les années 1920 et 1930, ce mouvement s'accélère. En l'espace de trente ans seulement, plus de deux mille bâtiments sont érigés dans le quartier. La grande bourgeoisie francophone quitte le Quartier Latin, le Vieux-Montréal, pour s'installer définitivement à Outremont. Les institutions suivent : l'Université de Montréal, HEC Montréal, l'École Polytechnique migrent elles aussi sur le flanc de la montagne. Le quartier devient non seulement le lieu de résidence de l'élite économique francophone, mais aussi son foyer intellectuel et culturel.
On y retrouve des maisons spacieuses aux jardins entretenus, des façades de pierre calcaire, des rues bordées d'arbres centenaires. Un art de vivre à la française — mais profondément québécois dans son âme.
Outremont, ce n'est pas un quartier par défaut. C'est un quartier choisi. Et c'est cette différence qui compte.
La rue Laurier — une artère qui a toujours servi les bâtisseurs
Notre bureau est avenue Laurier Ouest. Ce n'est pas anodin.
Cette rue existe sur les cartes de l'île de Montréal depuis 1870 — elle s'appelait alors la rue Saint-Louis. C'est en 1899 qu'elle prend le nom d'avenue Laurier, en hommage à Wilfrid Laurier, premier ministre du Canada et figure emblématique de la francophonie politique nord-américaine. Le choix du nom en dit long sur l'identité que le quartier voulait porter.
Dès le début du XXe siècle, l'avenue Laurier s'impose comme l'artère commerciale et culturelle d'Outremont. Les cartes postales de l'époque — entre 1907 et 1914 — la montrent déjà animée, bordée de commerces soignés, fréquentée par une clientèle aisée qui avait les moyens de ses exigences. Épiceries fines, boutiques de mode, cafés en terrasse, restaurants réputés : la rue Laurier a toujours été le lieu où les habitants d'Outremont exprimaient leur rapport à la qualité, à la convivialité, à ce qu'on appelle — faute de mieux — le bien vivre.
C'est sur cette avenue que j'ai choisi d'installer le bureau de Classe Affaires. Pas par nostalgie. Par cohérence.
Quand un entrepreneur français pousse la porte de notre bureau pour la première fois, il arrive dans une rue qui a plus d'un siècle d'histoire entrepreneuriale et commerçante derrière elle. Une rue qui, depuis toujours, a été fréquentée par des gens qui construisent, qui échangent, qui font des affaires en français à Montréal. Ce contexte-là, je ne pouvais pas l'inventer. Je l'ai simplement choisi.
Ce que ressentent les entrepreneurs français en arrivant ici
Depuis 2016, j'accompagne des entrepreneurs et des familles qui traversent l'Atlantique pour s'installer au Québec. Je les vois souvent, lors de leurs premières semaines à Montréal, arpenter les rues d'Outremont avec une expression particulière sur le visage.
Ce n'est pas de la nostalgie. C'est de la reconnaissance.
Ils reconnaissent quelque chose qu'ils n'auraient pas su nommer avant de le voir : un quartier où l'on a pris soin des choses dans la durée. Où les façades sont entretenues, où les parcs sont beaux, où les commerces de la rue Laurier semblent s'être mis d'accord sur un certain niveau d'exigence. Un quartier qui ne cherche pas à impressionner, mais qui a une tenue.
C'est, en somme, la version québécoise de ce qu'ils ont quitté. Et en même temps, quelque chose qu'ils n'auraient pas pu imaginer avant d'y être.
Notre bureau : une adresse de sens
Installer le bureau de Classe Affaires à Outremont n'a pas été un choix immobilier. C'est un choix de sens.
Je voulais que les entrepreneurs et les familles que nous accompagnons aient, dès leur premier rendez-vous, un ancrage concret dans l'histoire de ce que nous faisons : aider des francophones à s'installer et à entreprendre au Québec, comme des dizaines de milliers de francophones l'ont fait avant eux sur ce même territoire.
Le bureau est le point de départ. Outremont est le contexte. Et ce contexte dit quelque chose d'essentiel : vous n'êtes pas les premiers à vouloir construire ici. Ce quartier est la preuve vivante que ça marche.
Le pont franco-québécois existe depuis longtemps
Ce que Classe Affaires fait depuis 2016 — servir de pont entre la France et le Québec pour les entrepreneurs et les familles en mouvement — n'est pas une invention récente. Le pont existe depuis que les premiers Français ont traversé l'Atlantique et ont choisi de rester. Depuis que la rue Saint-Louis est devenue l'avenue Laurier. Depuis que la bourgeoisie francophone a posé ses malles sur le flanc de cette montagne et décidé d'y rester.
Ce qui a changé, c'est la direction du mouvement et ses outils. Aujourd'hui, ce sont des entrepreneurs français qui viennent au Québec chercher un marché plus accessible, une fiscalité différente, une qualité de vie rare en Amérique du Nord, et une communauté francophone qui comprend d'où ils viennent.
Outremont leur dit : vous êtes les bienvenus. Vous n'êtes pas étrangers ici.
Et Classe Affaires leur dit : on vous attendait.
Alors quand on me demande pourquoi j'ai choisi ce quartier, cette avenue, cette adresse — je réponds la même chose depuis dix ans.
Je n'ai pas vraiment choisi Outremont. C'est Outremont qui allait de soi.
Xavier Chambon est fondateur de Classe Affaires Canada-France, accompagnateur d'entrepreneurs et de familles francophones dans leur établissement au Canada depuis 2016. Il est également président du Conseil québécois de la franchise (CQF). Son bureau est avenue Laurier Ouest, à Outremont, Montréal.
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