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Un million d'entreprises, un mur de départs à la retraite : la relève se jouera avec l'immigration

Un million d'entreprises, un mur de départs à la retraite : la relève se jouera avec l'immigration

Au Canada, on parle beaucoup de « start-up » et de licornes. La réalité est plus terre à terre — et bien plus intéressante pour un entrepreneur français. Le pays est un océan de petites entreprises, et une génération entière de propriétaires s'apprête à passer la main. Deux faits qui, mis bout à bout, dessinent la plus grande opportunité de reprise de la décennie. Donnons l'heure juste, chiffres à l'appui.

Le Canada est un pays de PME

Un mot d'abord sur les chiffres, car deux nombres circulent — et les deux sont exacts. Fin 2024, le Canada compte environ 5,15 millions d'entreprises lorsqu'on inclut les travailleurs autonomes. Car près de trois entreprises sur quatre n'ont aucun employé : ce sont des indépendants déclarant plus de 30 000 $ de revenus (≈ 3,78 millions).

Restent environ 1,1 million d'entreprises avec employés. C'est là que se joue la reprise — et la structure est éloquente : 1,08 million (98,2 %) sont de petites entreprises, 16 953 (1,5 %) des moyennes et 3 380 (0,3 %) des grandes. Sur cent entreprises employeuses, quatre-vingt-dix-huit ont moins de cent salariés.

Descendons encore d'un cran, toujours parmi les entreprises avec employés : les micro-entreprises de 1 à 4 employés en représentent 59,1 % ; en ajoutant celles de 5 à 9 employés, on dépasse 77 %. La très grande majorité des employeurs sont donc de toutes petites structures.

La leçon pour qui arrive de France : le marché n'est pas verrouillé par de gros acteurs. Il est fait de milliers de commerces, d'ateliers et de cabinets à taille humaine. Exactement le type d'entreprises qui se reprennent.

Le nombre d'entreprises par taille, province par province

Toutes les provinces ne se valent pas. L'Ontario et le Québec concentrent à eux seuls plus de la moitié des petites entreprises du pays. Voici le portrait complet, au niveau des entreprises employeuses (décembre 2024).

Province / Territoire

Petites (1–99)

Moyennes (100–499)

Grandes (500+)

Total

Terre-Neuve-et-Labrador

12 626

172

26

12 824

Île-du-Prince-Édouard

5 246

79

14

5 339

Nouvelle-Écosse

24 903

417

66

25 386

Nouveau-Brunswick

20 256

325

50

20 631

Québec

228 622

3 947

666

233 235

Ontario

410 154

6 640

1 528

418 322

Manitoba

33 513

594

132

34 239

Saskatchewan

33 383

448

72

33 903

Alberta

137 182

1 941

391

139 514

Colombie-Britannique

170 512

2 311

423

173 246

Territoires

2 791

79

12

2 882

Canada

1 079 188

16 953

3 380

1 099 521

Les ~1,1 million d'entreprises avec employés, par taille et par province (décembre 2024). Les ~3,78 millions de travailleurs autonomes sans employé ne sont pas comptés ici. Source : Statistique Canada, Registre des entreprises ; ISDE, Principales statistiques relatives aux petites entreprises 2025.

Plus de la moitié des petites entreprises canadiennes se trouvent en Ontario et au Québec (410 154 et 228 622). Suit la Colombie-Britannique, avec 170 512. La densité, elle, raconte une autre histoire : l'Alberta et la Colombie-Britannique comptent le plus d'entreprises par millier d'adultes (37,7 chacune), devant l'Île-du-Prince-Édouard (36,2).

Trois marchés se dégagent pour un repreneur : l'Ontario pour le volume, le Québec pour la langue et la proximité culturelle, l'Ouest pour la densité entrepreneuriale et le dynamisme. Le reste du pays n'est pas à négliger — moins de concurrence, souvent des vendeurs plus pressés.

Le mur de la relève

Voici le chiffre qui change tout. Au cours des dix prochaines années, trois propriétaires d'entreprise sur quatre comptent quitter la leur, ce qui représente le transfert de plus de 2 000 milliards de dollars d'actifs. La retraite est la première raison invoquée (75 %) — et seulement un dirigeant sur dix a un plan de relève formalisé.

Le vent a déjà tourné. Selon la FCEI, les fermetures d'entreprises dépassent les créations depuis six trimestres consécutifs. Il ne se crée plus assez d'entreprises pour remplacer celles qui s'éteignent.

Traduisons. Des dizaines de milliers d'entreprises rentables, avec une clientèle, une équipe et un chiffre d'affaires établis, cherchent un repreneur — et n'en trouvent pas assez à l'intérieur des frontières. La relève manque. C'est un problème national. C'est aussi, pour un entrepreneur étranger prêt à s'installer, une porte grande ouverte.

L'immigration entrepreneuriale vient de rebattre les cartes

Attention : la porte a changé de serrure fin 2025. Il faut le savoir avant de bâtir un projet.

Le 19 décembre 2025, Ottawa a suspendu le Programme de visa pour démarrage d'entreprise (Start-up Visa) et maintenu la suspension du programme des travailleurs autonomes. Les nouveaux certificats d'engagement ne sont plus acceptés depuis le 1ᵉʳ janvier 2026. Le Ministère priorise désormais la résidence permanente des candidats déjà au Canada et prépare un futur « pilote pour entrepreneurs » plus sélectif.

Le signal est clair. Le Plan des niveaux d'immigration 2026-2028 réduit de moitié l'immigration fédérale des gens d'affaires — de 1 000 à 500 admissions par an — une goutte d'eau face aux 239 800 admissions économiques prévues pour 2026. L'époque du visa d'affaires « de volume » est finie.

Mais — et c'est là que tout se joue — les volets entrepreneurs des programmes provinciaux restent ouverts dans plusieurs provinces, exigeant généralement d'investir, d'exploiter ou d'acquérir une entreprise sur place. L'action se déplace du fédéral vers les provinces. Et les provinces, elles, veulent des projets concrets, pas des dossiers.

Le Québec illustre parfaitement le virage. Le Programme de l'expérience québécoise (PEQ) a été aboli le 6 novembre 2025, et le plan 2026 ramène l'immigration permanente à 45 000 personnes par an — sans pour autant sabrer les quotas des gens d'affaires. Surtout, le Québec a fait un choix qui parle directement aux repreneurs : son Programme des entrepreneurs comprend un volet 3 « Repreneuriat », pour qui souhaite reprendre une entreprise québécoise existante.

Les conditions sont sérieuses, pas insurmontables : contrôler au moins 25 % des capitaux propres de l'entreprise acquise, pour une valeur d'au moins 100 000 $, et la gérer soi-même ou comme associé aux opérations quotidiennes. Un avis d'intention de sélection permet ensuite d'obtenir un permis de travail pour finaliser l'acquisition, avec un délai de deux ans, avant le Certificat de sélection du Québec — première marche vers la résidence permanente.

L'enjeu : faire se rencontrer les repreneurs étrangers et les entreprises orphelines

Mettons les deux courbes l'une sur l'autre. D'un côté, un mur de départs à la retraite et un déficit de relève locale. De l'autre, une immigration d'affaires qui abandonne le « démarrage de volume » pour récompenser celui qui reprend une vraie entreprise et la fait tourner.

Les deux problèmes sont la solution l'un de l'autre.

Un entrepreneur français qui reprend une PME québécoise ou ontarienne coche, d'un même geste, trois cases : il sauve une entreprise qui allait fermer faute de repreneur, il s'ouvre une voie d'immigration solide, et il démarre avec un chiffre d'affaires plutôt qu'avec une page blanche. C'est le scénario que les gouvernements cherchent aujourd'hui à encourager.

Reste un mot d'ordre, et nous le répétons à chacun de nos clients : reprendre n'est pas plus simple que créer. C'est une autre discipline. Vérification diligente, achat d'actions ou d'actifs, financement du repreneur, transition humaine avec le cédant et les équipes — chaque étape peut faire ou défaire le projet. Et le calendrier d'immigration ne pardonne pas l'improvisation : un volet repreneuriat, ce sont des délais, des seuils et des preuves à réunir dans le bon ordre.

Notre place là-dedans

Chez Classe Affaires, nous n'accompagnons qu'un côté de la table : l'acheteur. Et exclusivement des investisseurs étrangers — huit sur dix venus de France. Nous ne sommes pas des consultants qui commentent depuis l'extérieur ; nous sommes des entrepreneurs et des bâtisseurs qui ont foulé ce terrain, avec le réseau qui s'ouvre quand on arrive « de la part de » Classe Affaires et la qualification M&A pour cadrer une reprise sérieusement.

Le mur de la relève ne se franchira pas tout seul. Mais pour qui arrive préparé, avec le bon projet et le bon accompagnement, c'est le meilleur moment depuis longtemps pour reprendre une entreprise au Canada — et s'y établir pour de bon.


Sources : Statistique Canada, Registre des entreprises, et ISDE, Principales statistiques relatives aux petites entreprises 2025 (données de décembre 2024) ; Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) ; Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), décembre 2025 ; Gouvernement du Québec (MIFI), Programme des entrepreneurs — volet 3 Repreneuriat.

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