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Cap à l'Ouest : l'alternative que personne ne raconte

Cap à l'Ouest : l'alternative que personne ne raconte

On parle beaucoup des Français qui rentrent en France après quelques années au Québec. On n'entend jamais parler de ceux qui, eux, ne rentrent pas : ils mettent le cap à l'Ouest. Ce mouvement discret prend de l'ampleur. Décryptage d'une trajectoire qu'on préfère taire.

Le récit qu'on entend, et celui qu'on tait

Il existe un récit officiel. Le Français vient s'installer au Québec, il se heurte à la réalité, il repart. On aime raconter cette histoire parce qu'elle est simple et qu'elle rassure tout le monde : ceux qui hésitent à partir, comme ceux qui sont restés.

Sauf qu'elle est incomplète.

Nous accompagnons des entrepreneurs depuis assez longtemps pour observer un autre scénario. Un couple s'installe, monte son projet, prend racine. Et puis, quatre ou cinq ans plus tard, il ne repart pas vers Paris, Brest ou Strasbourg. Il repart vers Calgary, Vancouver, parfois Toronto d'abord. Ce n'est pas un renoncement. C'est une suite.

Personne ne compte ces départs-là. Ils ne cadrent avec aucune des deux cases habituelles — ni « réussite intégrée pour toujours », ni « retour au pays ». Ils dérangent le récit. Alors on les laisse dans l'angle mort.

Donnons-leur de la lumière.

Un chiffre qui dit presque tout

La fenêtre des quatre à cinq ans n'a rien d'un hasard. C'est précisément le moment où un immigrant a fini de s'installer, où il a le recul pour évaluer, et où il commence à faire des choix libres plutôt que subis et surtout pour la plupart la résidence permanente voir le citoyenneté.

Les données le confirment. Selon la Base de données longitudinales sur l'immigration de Statistique Canada, cinq ans après leur admission, environ 82 % des immigrants habitent encore la province où ils avaient prévu de s'établir. Le Québec affiche le taux de rétention le plus faible du pays sur cette période : à peine 80 %, contre 86 % pour l'Alberta, 85 % pour la Colombie-Britannique et près de 91 % pour l'Ontario.

Autrement dit : un immigrant admis au Québec est plus susceptible qu'ailleurs de vivre dans une autre province cinq ans plus tard. La fenêtre des 4-5 ans n'est pas une intuition de terrain. C'est un fait statistique.

Et cette migration a une direction. L'étude de l'Institut Fraser sur trente ans de mouvements interprovinciaux est sans appel : l'Alberta est la seule province du pays à avoir attiré, sur le solde, des habitants de toutes les autres. Son gain net dépasse un demi-million de personnes — plus du double de la Colombie-Britannique. Dans le même intervalle, le Québec enregistre la plus forte perte nette du Canada. Chez les 18-34 ans, ceux qui bâtissent et qui entreprennent, seules l'Alberta et la Colombie-Britannique gagnent des habitants.

L'Ouest n'aspire pas n'importe qui. Il aspire les jeunes, les mobiles, les ambitieux. Exactement le profil de l'entrepreneur qu'on a accompagné.

Pourquoi l'Ouest aimante

Alors, qu'y a-t-il là-bas ? Donnons l'heure juste, sans complaisance.

La fiscalité, d'abord. L'Alberta n'a pas de taxe de vente provinciale. Là où un entrepreneur québécois compose avec près de 15 % de taxes combinées, l'Albertain n'ajoute que la TPS fédérale de 5 %. Le premier palier d'impôt sur le revenu y est de 10 %, le montant personnel de base est parmi les plus élevés du pays, et il n'y a ni cotisation-santé, ni charges sociales provinciales du même ordre. Pour un dirigeant, cet « avantage albertain » n'est pas un détail comptable. C'est plusieurs points de marge.

Le marché, ensuite. Le Québec est une magnifique porte d'entrée. Une langue commune, un accueil, un tissu qui ressemble à ce qu'on connaît. Mais c'est un marché de huit millions d'habitants, en français, aux codes précis. Après quatre ans, l'entrepreneur qui a réussi bute souvent sur un plafond. L'Ouest, lui, ouvre sur un marché anglophone continental, connecté à l'Asie-Pacifique et aux États-Unis. On ne quitte pas le Québec parce qu'on y a échoué. On le quitte parce qu'on veut grandir plus vite.

La langue, enfin — et c'est le point le plus contre-intuitif. L'entrepreneur qui débarque a besoin d'un filet francophone. Cinq ans plus tard, ce filet ne lui est plus indispensable : il est devenu bilingue, ses enfants sont scolarisés en anglais, il n'a plus peur de l'Ouest. La sécurité linguistique qui l'avait attiré au Québec a fait son travail. Une fois la confiance acquise, elle cesse d'être une raison de rester.

À cela s'ajoutent, disons-le, une charge administrative et réglementaire plus légère dans l'Ouest, et un climat des affaires réputé plus simple. Ce n'est pas un procès du Québec — c'est une lecture de ce qui pèse dans la balance d'un dirigeant après quelques années.

« Mais je serai seul là-bas » — l'idée reçue à démonter

C'est la peur qui retient beaucoup de monde. Faux.

L'Ouest canadien compte plus de 750 000 locuteurs de français et près de 19 000 entreprises francophones — soit près du tiers de l'écosystème d'affaires francophone hors Québec. La structure existe : l'Association canadienne-française de l'Alberta, active depuis 1926, la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique, le Conseil de développement économique de l'Alberta, le Cercle des dirigeants français voué au développement économique de l'Ouest, sans compter les Communautés francophones accueillantes financées par le fédéral pour installer les nouveaux arrivants.

On ne quitte pas la francophonie en allant vers l'Ouest. On la retrouve, autrement — minoritaire, plus soudée, plus entrepreneuriale.

Ce n'est pas un échec. C'est une trajectoire canadienne.

Voilà le vrai décryptage. Le départ vers l'Ouest n'appartient pas à la catégorie « échec ». Il appartient à une catégorie qu'on ne nomme jamais : celle de la réussite qui déborde ses frontières de départ.

Le Québec a joué son rôle, et il l'a bien joué : celui de la porte. Une porte francophone, chaleureuse, qui rend le Canada abordable pour un Français. Sans cette porte, la plupart de ces entrepreneurs ne seraient jamais venus. L'Ouest n'efface pas le Québec. Il en est la suite logique pour ceux dont l'ambition a dépassé le premier marché.

Cesser de lire ce mouvement comme une fuite, c'est comprendre que le projet canadien est plus grand qu'une seule province. Et que le Québec, loin d'être un cul-de-sac, est souvent le meilleur point de départ vers le reste du pays.

Notre lecture

Chez Classe Affaires, nous n'accompagnons pas une installation. Nous accompagnons une trajectoire. Celle-ci commence souvent au Québec — et nous en sommes fiers. Mais elle ne s'y arrête pas toujours, et notre travail n'est pas de retenir les gens dans une case pour préserver un récit.

Notre travail, c'est de dire l'heure juste. L'Ouest a le vent en poupe pour de bonnes raisons, économiques et humaines. En parler ouvertement n'est pas trahir le Québec. C'est donner à l'entrepreneur français la carte complète du terrain, plutôt que la moitié qui l'arrange.

Le mouvement est là. Silencieux, mais réel. Autant le nommer et si l'envie d'aller toujours plus à l'ouest, Classe Affaires saura aussi vous orienter sur un réseau de confiance.

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