
12 mai 2026
Pour un entrepreneur français qui s'installe au Canada, la fiscalité sur les ventes réserve quelques surprises. Le système n'est pas nécessairement plus complexe qu'en Europe, mais il fonctionne selon une logique différente — à plusieurs niveaux, avec des règles qui varient d'une province à l'autre. Voici ce qu'il faut comprendre dès le départ.
Un système à deux étages : fédéral et provincial
Au Canada, les taxes de vente s'appliquent à deux niveaux : fédéral et provincial. La TPS — Taxe sur les Produits et Services — est perçue par le gouvernement fédéral au taux uniforme de 5 % sur l'ensemble du territoire.
À cela s'ajoute, selon les provinces, une taxe provinciale distincte. Certaines ont opté pour une harmonisation avec le fédéral : c'est la TVH (Taxe de Vente Harmonisée), qui fusionne les deux niveaux en un taux unique. En Ontario, par exemple, la TVH est de 13 % (5 % fédéral + 8 % provincial). D'autres provinces maintiennent leurs propres mécanismes. Au Québec, la TPS de 5 % coexiste avec la TVQ — Taxe de Vente du Québec — fixée à 9,975 %, pour un cumul d'environ 14,975 % sur la plupart des biens et services.
Ces taux peuvent évoluer. Il est conseillé de les vérifier régulièrement auprès de l'Agence du Revenu du Canada (ARC) et, pour le Québec, auprès de Revenu Québec.
Quand faut-il s'inscrire ?
L'inscription aux fichiers de TPS/TVH devient obligatoire dès que le chiffre d'affaires de votre entreprise dépasse 30 000 $ sur quatre trimestres consécutifs. En dessous de ce seuil, l'inscription reste possible à titre volontaire — et souvent avantageuse pour récupérer les taxes payées sur vos achats.
Au Québec, les règles sont plus strictes : l'inscription à la TVQ est obligatoire dès le premier dollar de vente sur le territoire québécois, sans franchise de démarrage.
La mécanique des crédits de taxe sur intrants
Comme en Europe avec la TVA, le système canadien repose sur un mécanisme de neutralité fiscale pour les entreprises. En tant qu'entrepreneur inscrit, vous percevez les taxes auprès de vos clients, mais vous pouvez déduire les taxes que vous avez vous-même payées sur vos achats d'affaires — ce qu'on appelle les Crédits de Taxe sur Intrants (CTI). Vous remettez ensuite uniquement le solde net aux autorités fiscales.
La fréquence de ces remises dépend de votre volume d'affaires : mensuelle pour les plus grandes structures, trimestrielle ou annuelle pour les plus petites. C'est l'ARC qui détermine cette fréquence en fonction de vos déclarations.
Les prix affichés hors taxes : une habitude à adopter
C'est l'une des premières choses qui surprend les entrepreneurs français fraîchement débarqués : au Canada, les prix sont généralement affichés hors taxes. C'est la règle, à quelques exceptions près (carburant, alcool). Le client découvre le montant des taxes au moment de passer en caisse.
Cette convention influence directement votre stratégie de prix et votre communication. Si vous ciblez une clientèle internationale ou des clients habitués aux prix toutes taxes comprises, prenez soin de l'expliquer clairement — une simple mention sur vos devis ou votre site suffit souvent à éviter les malentendus.
Par où commencer concrètement ?
Voici les étapes clés pour une mise en conformité rapide et sans accroc :
Obtenir un numéro d'entreprise fédéral via le portail de l'ARC (arc.gc.ca). Ce numéro est le point d'entrée de toutes vos démarches fiscales.
S'inscrire aux comptes de TPS/TVH, et à la TVQ si vous exercez au Québec.
Configurer votre logiciel comptable pour distinguer les taxes collectées (à remettre) des taxes payées sur vos achats (à récupérer).
Établir un calendrier de remises et anticiper les dates limites pour éviter les pénalités.
Travailler avec un comptable familier de la fiscalité canadienne, idéalement dès le lancement — pas seulement en cas de problème.
Ces démarches peuvent sembler fastidieuses, mais elles sont fondatrices. Une bonne organisation fiscale dès le départ protège votre trésorerie, vous évite des pénalités inutiles, et vous permet de récupérer rapidement les crédits auxquels vous avez droit.


